Aix-en-Provence à pied : fontaines, places et cours
À Aix, la visite ne se joue pas dans un monument mais dans un tracé : le cours Mirabeau, puis les rues du quartier Mazarin, puis les places de la vieille ville, reliées par des fontaines qui servent de repères. Tout se fait à pied. Reste à décider ce qui tient dans une demi-journée et ce qui demande une journée, car dès qu'on veut voir Sainte-Victoire de près, il faut sortir.
Le cours Mirabeau, et l'ombre qu'il donne
Quatre cent quarante mètres de long, quarante-deux de large : le cours Mirabeau se mesure aisément, et l'unité sert à évaluer le reste de la ville. Il sépare le quartier Mazarin, au sud, de la vieille ville commerçante, au nord, sur l'emplacement des anciens remparts. Les grandes familles nobles y ont bâti leurs hôtels particuliers au XVIIe siècle.
L'ombre est le vrai sujet du cours. Les platanes forment une voûte qui interrompt le soleil sur presque toute la largeur, et cette ombre change de côté au fil de la journée : le matin un trottoir, l'après-midi l'autre. C'est ce qui décide de la place des terrasses et de la manière de traverser, en cherchant la bande sombre plutôt que la ligne droite.
Les façades se lisent dans l'ordre. Au 20, l'hôtel de Forbin, bâti en 1656 par Pierre Pavillon en pierre de Bibémus, doit sa tenue à la symétrie de son ordonnance. Au 38, l'hôtel Maurel de Pontevés affiche un balcon porté par des atlantes. Au 4, l'hôtel de Villars, de 1710, ouvre sur quatre colonnes doriques, rareté à Aix.
Quatre fontaines pour quatre usages
Le cours en compte quatre. La fontaine de la Rotonde, édifiée en 1860, ouvre la perspective : douze mètres de haut, un bassin de trente-deux mètres, douze lions et six cygnes chevauchés par des putti, l'ensemble de François Truphème. Au sommet, trois Grâces regardent vers trois directions de la ville. Ce fut la première fontaine à vasque de fonte.
Puis les Neuf-Canons, construits en 1691 par Laurent Vallon à la place d'un abreuvoir où s'arrêtaient les troupeaux en transhumance : bassin bas, neuf jets aplatis, pour les bêtes autant que pour les yeux. Plus haut, la Moussue laisse couler une eau à dix-huit degrés venue de la source des Bagniers, et la mousse masque peu à peu les sculptures ; c'est la seule fontaine du cours alimentée par les thermes. En haut, la fontaine du Roi René date de 1819, statue de David d'Angers.
L'eau n'est pas un décor : Aix est une ville d'eaux depuis l'époque romaine, et les fontaines marquent les carrefours comme des panneaux. On repère un itinéraire à la fontaine, pas au nom de rue : on s'y arrête, on s'y donne rendez-vous.
Le quartier Mazarin, tracé au cordeau
Au sud du cours, le quartier Mazarin est un damier dessiné au XVIIe siècle pour l'archevêque Mazarin, frère du cardinal, comme un lotissement de luxe pour parlementaires et bourgeois. Deux axes : la rue Cardinale et la rue du 4-Septembre, qui porta le nom de rue Saint-Sauveur et que les Aixois appelèrent rue des Quatre-Dauphins. Les hôtels particuliers s'y alignent sans discontinuité.
La place des Quatre-Dauphins tient autour de sa fontaine de 1667, sculptée par Jean-Claude Rambot : bassin circulaire de pierre de Sainte-Baume, quatre dauphins à ailerons dressés sur des vagues, obélisque coiffé d'une pomme de pin. On s'y assoit dix minutes, moins pour l'eau que pour le bruit qu'elle fait dans une place étroite.
La rue Cardinale mène à Saint-Jean-de-Malte, gothique provençal, dont le clocher du XVIe siècle monte à soixante-sept mètres ; sa flèche vue de biais évoque un minaret. Le musée Granet occupe l'ancien prieuré voisin. Dans la même rue, le collège Mignet a compté Cézanne et Zola parmi ses élèves.
Les places, et ce qu'elles disent de la ville
La place de l'Hôtel-de-Ville se referme sur la tour de l'Horloge, et le pavé y renvoie le bruit des pas. C'est une place de passage : on la traverse pour rejoindre la cathédrale Saint-Sauveur ou l'ancien palais des archevêques, dans le Bourg Saint-Sauveur bâti sur la ville romaine.
Place Richelme, ancienne place aux Herbes, vit au rythme de son marché de producteurs, quotidien ; elle a pris son nom dans les années 1930, en hommage à une bienfaitrice aixoise. Sa fontaine au sanglier, installée dans les années 1980, reprend un modèle du Florentin Pietro Tacca. Le marché tient le centre, les cafés les bords.
Place des Cardeurs n'existe que depuis 1963, après la démolition d'un îlot insalubre, et sa fontaine de Jean Amado date de 1977 ; le parking est dessous, ce qui explique qu'on y arrive et qu'on y reste. À deux pas, place des Prêcheurs, l'église de la Madeleine a vu le baptême de Cézanne en 1839.
La demi-journée : le périmètre qui tient
Une demi-journée suffit pour le centre, à condition d'accepter de ne pas tout voir. Le parcours part de la Rotonde, suit le cours jusqu'à la fontaine du Roi René, remonte par l'Hôtel-de-Ville, gagne Richelme puis les Cardeurs, et redescend dans Mazarin par la rue Cardinale et les Quatre-Dauphins. Il se fait sans carte, en suivant l'eau.
Ce qui ne tient pas : les lieux Cézanne hors les murs, l'atelier des Lauves et le Jas de Bouffan, qui demandent chacun un déplacement et une visite. Les caser ici revient à courir entre deux parkings. Autre arbitrage, la chaleur : l'après-midi d'été, les places sans arbres deviennent des plaques ; mieux vaut marcher tôt et garder Mazarin pour la fin de journée.
- La Rotonde, pour situer la ville et lire les trois Grâces
- Le cours Mirabeau d'un bout à l'autre, avec l'arrêt aux Neuf-Canons et à la Moussue
- La place de l'Hôtel-de-Ville et la tour de l'Horloge
- Place Richelme pour le marché, place des Cardeurs pour souffler
- Le quartier Mazarin par la rue Cardinale, jusqu'aux Quatre-Dauphins
La journée entière : sortir vers Sainte-Victoire
La ville est un point de départ. Au nord-est, Sainte-Victoire culmine à 1 011 mètres au pic des Mouches ; la Croix de Provence occupe sa pointe occidentale, et l'ermitage Saint-Ser, chapelle construite dans le prolongement d'une grotte, rappelle un ermite du Ve siècle. Le massif se parcourt par des sentiers ponctués de restanques, avec le prieuré Sainte-Victoire pour étape.
Pour Cézanne, il faut sortir de l'intra-muros. Les carrières de Bibémus, sur sept hectares au cœur du Grand Site, se visitent par un sentier aménagé autour du cabanon où le peintre rangeait ses toiles. La route Cézanne, l'ancienne D17, relie Aix au Tholonet : c'est la seule route de France classée monument historique, sous ce nom depuis 1959.
Une journée permet deux étapes, pas trois : un sentier le matin, Bibémus ou le tour du Cengle, et l'après-midi un lieu Cézanne — atelier des Lauves, Jas de Bouffan, ou les salles du musée Granet. Avant de partir, on vérifie l'état des sentiers : plusieurs sont fermés pour éboulement ou pour la reproduction d'espèces sensibles.