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Bouches-du-Rhône

Les Alpilles : villages, oliviers et routes sinueuses

Le massif des Alpilles se lit comme une contrainte : une barre de calcaire posée entre la Durance et le Rhône, assez basse pour être franchie en une matinée, assez rugueuse pour qu'on ne la traverse pas n'importe comment. Les villages sont restés au pied des rochers, les oliviers ont colonisé le fond des vals, et les routes qui les relient n'ont pas été tracées pour le trafic qu'elles portent.

Crête calcaire des Alpilles au-dessus d'une vallée plantée d'oliviers
Le chaînon domine les plaines : la crête se lit de loin, l'intérieur ne se voit qu'à pied.

Une barre de calcaire entre deux plaines

Le Parc naturel régional des Alpilles couvre environ 50 000 hectares sur seize communes, entre la Durance à l'est, le Rhône à l'ouest, la plaine de la Crau au sud et le Comtat au nord. L'altitude va de 2 mètres dans les anciens marais des Baux à 498 mètres à la tour des Opies. Vu des plaines, le chaînon fait l'effet d'une île : une barre étroite, qu'on voit de loin et qu'on traverse vite.

La roche est un calcaire secondaire déposé en milieu marin, plissé puis faillé lors des phases de compression qui ont fait émerger la Provence ; les couches courent d'est en ouest. Deux accidents suffisent à expliquer la géographie locale : la faille des Baux et les plis des Caisses de Jean-Jean, près de Mouriès. L'érosion a ensuite creusé des vallons, dégagé des barres rocheuses et laissé dans les dolomies des Opies des modelés ruiniformes. Sur le terrain, cela donne peu de sommets arrondis et beaucoup de gradins : la marche y est une succession de pas rocheux, de dalles et de replats de garrigue.

Ruelles pavées et maisons de pierre calcaire d'un village perché des Alpilles
Les ruelles montent jusqu'à l'esplanade : la voiture reste en contrebas.

Des villages au pied du rocher, deux perchés

Dix communes composent le territoire du Parc : Saint-Rémy-de-Provence, Fontvieille, Mouriès, Eygalières, Le Paradou, Aureille, Les Baux-de-Provence, Saint-Étienne-du-Grès, Mas-Blanc-les-Alpilles et Maussane-les-Alpilles. La plupart occupent le piémont, là où l'eau ressort du calcaire : c'est la source, plus que la vue, qui a fixé les bourgs.

Deux villages font exception et se sont accrochés au rocher. Les Baux-de-Provence tiennent un éperon qui domine la vallée, avec vingt-deux éléments architecturaux classés Monuments historiques et des ruelles pavées qui montent jusqu'à l'esplanade du château. Eygalières, sur le versant nord, garde un vieux village serré sous un piton portant une statue de la Vierge et un campanile ; la chapelle Saint-Sixte est à l'écart, et la route d'Aureille franchit le Pas de la Figuière à 247 mètres. Les autres se lisent par leur sous-sol : Fontvieille sur la molasse, Mouriès sur le versant sud, Saint-Rémy, en ville porte de Glanum.

L'olivier, une culture de fond de vallée

L'oléiculture est la culture identitaire du massif, et elle occupe les vals plutôt que les crêtes : près de 1 500 hectares dans la vallée des Baux, plus de 300 000 oliviers espacés dans les Alpilles, dont environ 80 000 pieds sur la seule commune de Mouriès. Les arbres dessinent des lignes régulières, avec des intervalles assez larges pour laisser passer la lumière.

Quatre variétés composent l'assemblage : salonenque, béruguette, dite aussi aglandau, verdale des Bouches-du-Rhône et grossane. Depuis 1997, l'huile d'olive, les olives noires et les olives cassées de la Vallée des Baux-de-Provence bénéficient d'une appellation d'origine protégée. Les olivades commencent dans la première quinzaine d'octobre : un fruité vert vient d'olives triturées dans les vingt-quatre heures, un fruité noir suppose quatre à cinq jours entre la récolte et le moulin. Le gel de février 1956 est resté dans les mémoires : beaucoup d'arbres portent encore quatre ou cinq départs de troncs sur la même souche.

Oliveraie en rangs espacés dans le fond de la vallée des Baux
L'oliveraie occupe les vals, pas les crêtes : 1 500 hectares dans la vallée des Baux.

En voiture : deux départementales et peu de marge

La circulation dans les Alpilles tient à peu d'axes. La D27 franchit le massif entre le piémont de Saint-Rémy et la vallée des Baux ; les topoguides du Parc la donnent comme repère aux randonneurs, qui la traversent avant de reprendre une piste. La D5 borde le versant nord du côté de Saint-Rémy. Entre les deux, un réseau de voies communales relie les villages du piémont.

Ces routes n'ont pas été dimensionnées pour ce qu'elles portent : deux files étroites, parfois une seule entre deux murs, des virages en épingle, des cyclistes nombreux, des cars qui montent aux Baux. Le stationnement du village perché se trouve en contrebas, au col de la Vayède et aux Carrières : la dernière partie se fait à pied. Un trajet court en kilomètres peut donc y prendre longtemps, et l'envie d'enchaîner trois villages le même matin se paie en demi-tours. Deux villages par demi-journée, garé une seule fois, c'est déjà une journée pleine.

L'été, le massif ferme

Du 1er juin au 30 septembre, l'accès, la présence et la circulation dans les massifs forestiers des Bouches-du-Rhône sont réglementés par arrêté préfectoral. L'accessibilité est déterminée chaque jour selon la météo et la sécheresse évaluées par Météo-France, cartographiée massif par massif et publiée en fin de journée pour le lendemain. Les Alpilles figurent parmi les massifs que cette carte couvre.

L'enjeu est mesurable : environ 180 000 hectares boisés dans le département, près de 40 % de sa superficie, quelque 250 départs de feux par an pour 1 900 hectares brûlés, et neuf départs sur dix d'origine humaine. Les Alpilles ont connu des incendies majeurs en 1989, en 1999 et en 2003 ; c'est ce passé qui a placé la défense de la forêt au centre du Parc, créé en 2007. La conséquence pour un visiteur est concrète : un sentier balisé peut être fermé le jour où vous comptez le prendre, sans que les villages soient inaccessibles. Il faut vérifier la veille — carte du préfet, site du Parc, offices de tourisme — et accepter de changer de programme.

Marcher : ce que la voiture ne donne pas

En voiture, le massif reste un décor : on longe la barre calcaire, on voit les crêtes se découper au-dessus des toits, et l'intérieur — vallons, dalles, pins, garrigue — n'apparaît que par les trouées. À pied, on entre dans l'épaisseur. La boucle de la crête des Alpilles, au départ du parking des Antiques à Saint-Rémy, fait 16,5 kilomètres pour six heures et 466 mètres de dénivelé positif, avec des passages où il faut les mains ; celle qui va de Saint-Rémy aux Baux, depuis le lac du Peirou, fait 15,5 kilomètres pour cinq heures et 392 mètres.

Ces chiffres disent l'essentiel : une journée de marche ne couvre pas plus de terrain qu'une heure de voiture, et c'est justement l'intérêt. Ce qu'on gagne, c'est la coupe du massif, le moment où le calcaire cède à la pelouse sèche, le vent qui tombe dans un vallon. Le balisage mêle GR en rouge et blanc et PR en jaune ; les deux circuits empruntent le GR6, qui traverse les Alpilles. Le choix se fait donc sur le temps disponible et la saison, pas sur la distance : une demi-journée pour la voiture et deux villages, une journée entière pour la marche, avec de l'eau en quantité et un départ tôt.

Sur guadeloupe.net : monter à la Sainte-Victoire.