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Bouches-du-Rhône

Arles : le patrimoine romain en une journée

Arles ne se visite pas comme un musée : la ville romaine est sous les rues, la médiévale s'est construite dessus, parfois dedans. Une journée suffit si l'on accepte un ordre simple — la colline d'abord, le forum et le fleuve ensuite, la nécropole en fin de parcours — et si l'on garde une demi-journée pour la Camargue, qui commence aux portes de la ville.

Arcades de pierre de l'amphithéâtre romain d'Arles, vues depuis la rue
Deux niveaux de soixante arcades : la façade de l'amphithéâtre se lit encore depuis la rue, sans entrer.

Une ville posée sur une autre

Arelate est une colonie romaine fondée vers 46 avant notre ère, dans un coude du Rhône. Le forum et les quartiers d'affaires occupent la plaine, près de l'eau ; le théâtre et l'amphithéâtre prennent la colline de l'Hauture, au sud-est. Cette pente donne son ordre à la journée : on monte d'abord, on redescend ensuite, et on finit au bord du fleuve quand la lumière baisse.

La ville médiévale s'est installée dans les creux laissés par la précédente. Remparts resserrés, maisons entrées dans l'amphithéâtre, théâtre fortifié, pierres antiques servant de carrière aux églises : on ne visite pas des monuments isolés, on traverse une ville dont la trame et jusqu'aux blocs sculptés gardent la trace de l'autre.

Allée de sarcophages bordée de cyprès devant l'église romane de la nécropole
L'allée des Alyscamps a été aménagée au XVIIIe siècle ; les tombeaux alignés sont ce qui reste d'une nécropole hors les murs.

L'amphithéâtre et le théâtre, sur la colline

L'amphithéâtre ferme le sud-est du centre ancien, adossé au flanc nord de la colline. Construit à la fin du Ier siècle, il mesure 136 mètres sur 107 et pouvait asseoir environ 21 000 spectateurs sur trente-quatre gradins. Deux niveaux de soixante arcades composent la façade ; à l'intérieur, une galerie couverte de dalles monolithiques dessert une galerie voûtée. L'attique qui portait les mâts du velum a disparu. Ce qu'on voit tient du monument romain et du village fortifié installé là au Moyen Âge, avec ses tours et son église.

Le théâtre se trouve sur le même relief, entre l'amphithéâtre et le jardin d'été, mais il faut changer de regard : c'est un fragment. Achevé vers 12 avant notre ère, il mesurait 102 mètres de diamètre et accueillait 10 000 personnes. Il subsiste l'orchestre, une partie des gradins, la fosse du rideau de scène et deux hautes colonnes de marbre coiffées d'un entablement. Le reste a été pillé pendant des siècles, au point que sa fonction fut oubliée, redécouverte à la fin du XVIIe siècle.

Descendre : le forum, les bains, la ville chrétienne

Sous la place de la République dorment les cryptoportiques, l'infrastructure du forum romain : un réseau de galeries voûtées qui servait de soubassement à la place publique. Le forum a disparu, mais ces souterrains donnent la mesure du centre politique d'Arelate, et l'air y est frais aux heures chaudes. Ils se parcourent comme une rue couverte, sans décor.

Au-dessus, la place de la République occupe le sud de l'ancien forum. Son aspect doit beaucoup au XVIIe siècle et à l'hôtel de ville, mais l'essentiel est ailleurs : la primatiale Saint-Trophime et son cloître, dont les deux premières galeries romanes datent du XIIe siècle et les deux autres du XIVe. Les sculptures racontent la Bible et des légendes locales : le passage d'une ville antique à une ville chrétienne s'y lit.

Les thermes de Constantin sont l'autre étape intérieure. Bâtis au début du IVe siècle en bordure du Rhône, à l'extrémité nord du cardo, ils appartenaient à un ensemble monumental entre le forum et le fleuve. Seule la partie nord a été dégagée ; le reste est sous les maisons. On y voit l'essentiel du système de chauffe : pilettes de brique surélevant le sol, conduits doublant les parois, bassins.

Marais et étangs du delta du Rhône, rizière et digue à l'horizon
Le delta se découvre depuis la route : une demi-journée impose de choisir une direction plutôt que d'en faire le tour.

Ce qui se lit à pied, sans franchir de porte

Une partie du patrimoine romain ne demande aucune entrée. Le rempart antique se suit par endroits, de la porte d'Auguste à la tour des Mourgues, au-dessus du boulevard Émile-Combes ; il faut lever la tête, pas chercher un panneau. Les arcades se lisent depuis la rue, et les blocs remployés dans les façades voisines disent mieux qu'un plan comment la ville s'est reconstruite.

Le vrai fil conducteur reste le fleuve. Arles doit sa fortune au port fluvio-maritime, pas aux jeux de l'amphithéâtre : les marchandises y changeaient de bateau, d'où un savoir-faire local et une rupture de charge dont vivait la cité. Le long des quais, on comprend que la ville romaine était d'abord une plaque tournante commerciale.

  • la porte d'Auguste et la tour des Mourgues, pour lire le rempart
  • les arcades extérieures de l'amphithéâtre, depuis la rue
  • les blocs antiques remployés dans les façades du centre
  • les thermes vus depuis la berge du Rhône

Sortir du centre : la nécropole, et un pont disparu

Les Alyscamps sont hors les murs, comme toute nécropole romaine : le cimetière longeait la Via Aurelia et les tombes s'y sont accumulées du Ier siècle avant notre ère au XVe. Le site prend son importance à l'époque paléochrétienne, avec saint Genest et les premiers évêques ; au XIIe siècle, l'église Saint-Honorat est reconstruite et la nécropole devient le départ du chemin d'Arles vers Compostelle. L'allée de sarcophages a été aménagée au XVIIIe siècle par les Minimes, et Van Gogh comme Gauguin y ont peint en 1888. Il faut s'attendre à un vestige, pas à l'immensité des textes.

Le pont romain est une autre affaire. Arles possédait un pont de bateaux permanent, ancré dans le lit, deux ponts-levis aux extrémités : une prouesse peu commune, et la clé du port. Il se trouvait dans le coude du Rhône, au nord de la ville, dans l'axe de l'amphithéâtre. Les vestiges sont immergés et très réduits : rien à photographier depuis la berge, et le chercher comme un monument n'a pas de sens. Pour comprendre l'ouvrage, il faut passer par le musée départemental Arles antique, où sont conservées les pièces mises au jour sur les chantiers de la ville, dont la statue d'Auguste retrouvée au théâtre.

Accrocher une demi-journée en Camargue

La Camargue commence aux portes d'Arles : la ville occupe la pointe nord du delta, entre le grand et le petit Rhône. Le parc naturel régional a été institué le 25 septembre 1970, troisième de ce type en France, et couvre trois communes : Arles pour sa partie rurale, Port-Saint-Louis-du-Rhône et les Saintes-Maries-de-la-Mer. Un triangle d'environ 150 000 hectares, avec l'étang du Vaccarès au centre, des marais salants et des rizières.

Une demi-journée impose de choisir une direction. Vers l'est, les salins et la digue à la mer, avec les étangs qui bordent la route ; vers l'ouest, la route des Saintes-Maries, entre marais et rizières. Dans les deux cas : une voiture, le vent, les moustiques, et pas d'ombre. L'articulation la plus simple : garder la matinée pour les monuments, partir l'après-midi. Ajouter les Alyscamps et la Camargue le même jour revient à renoncer à l'un des deux.

  • le delta se lit depuis la route, sans belvédère unique
  • les marais salants prennent des teintes roses en été
  • la digue à la mer longe le golfe, sous le vent
  • les rizières bordent la route des Saintes-Maries

Sur guadeloupe.net : la Camargue en voiture.