La Camargue en voiture : digues, marais et rizières
La Camargue se traverse vite et se comprend lentement : deux bras du Rhône, une plaine à peine plus haute que la mer, des rizières inondées au printemps, des marais salés qui décident du reste. En voiture, la difficulté n'est pas la distance mais la route, étroite, sans accotement, parfois sous l'eau, partagée avec des engins agricoles et des cyclistes.
Deux bras, une plaine sous la mer
Le delta commence à Arles, où le Rhône se sépare en deux bras actifs : le Grand Rhône à l'est, qui gagne la mer à Port-Saint-Louis-du-Rhône, et le Petit Rhône à l'ouest, qui finit aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Entre les deux s'étend la Camargue proprement dite ; à l'ouest commence la Petite Camargue gardoise, à l'est du Grand Rhône le Plan du Bourg.
Le parc naturel régional, créé en 1970, couvre trois communes — Arles, les Saintes-Maries-de-la-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône — sur plus de 100 000 hectares et 75 kilomètres de façade maritime, dans un delta d'environ 150 000 hectares. Le point culminant atteint quatre mètres au-dessus de la mer, le point le plus bas descend à un mètre cinquante en dessous.
Au nord, une Camargue fluvio-lacustre d'eau douce, marais et rizières ; au sud, une Camargue laguno-marine façonnée par le sel, lagunes d'un mètre de fond, sansouires et marais salants. Entre les deux, l'étang du Vaccarès et le cœur de la réserve créée en 1927. La digue à la mer, construite en 1859, sépare les étangs du large ; des pertuis à vannes règlent les échanges d'eau.
Des routes étroites, deux bacs et des pistes
La D570 descend d'Arles aux Saintes-Maries en ligne presque droite. Pas d'accotement, rarement une bande blanche, et sur la même chaussée des voitures, des camping-cars, des tracteurs, des cyclistes et des troupeaux qui changent de pâture. Un dépassement lancé n'a nulle part où se replier ; rester derrière un tracteur fait partie du trajet.
À l'est, la D36 file vers Salin-de-Giraud puis Piémanson, et la D36C mène à la mer. Les derniers kilomètres se font sur une piste : le goudron s'arrête, la chaussée devient caillouteuse, les voitures stationnent au parking de la Gacholle, au pied de la digue. Au-delà, on passe à pied ou à vélo.
Pour changer de rive, deux bacs : Barcarin traverse le Grand Rhône entre Salin-de-Giraud et Port-Saint-Louis en une dizaine de minutes, toute l'année, mais peut être interrompu par la météo ou une avarie ; le bac du Sauvage franchit le Petit Rhône en amont. Après un épisode méditerranéen, les routes basses se retrouvent sous l'eau et ferment. L'état des accès se vérifie la veille.
Rizières et marais : un seul système d'eau
La riziculture camarguaise n'est pas un décor, c'est un ouvrage hydraulique. Parcelles travaillées à la fin de l'hiver, nivelées au laser pour que l'eau ait partout la même hauteur, mises en eau et semées à partir de la mi-avril, sans repiquage. Entre 25 000 et 30 000 mètres cubes d'eau par hectare et par an, avec des alternances d'assèchement et de remise en eau.
Ce déluge a une fonction : rincer le sel. Sans eau douce, les sols du delta se ressalent. Le riz supporte cette immersion, et son réseau de canaux alimente aussi les marais voisins. La récolte commence à la mi-septembre, avec des moissonneuses adaptées aux sols humides ; une seule campagne par an.
Les surfaces racontent une histoire mouvementée : 250 hectares en 1942, 32 500 en 1961, 4 400 en 1981 après la crise du marché commun agricole. En 2019, 160 exploitations cultivaient environ 14 000 hectares. D'où un paysage qui change de saison en saison : plaines d'eau au printemps, chaumes et canaux vidés en fin d'été.
Oiseaux : nicher ici, passer par ici
La Camargue est le seul delta français de cette taille et un relais majeur sur l'axe de migration entre l'Europe du Nord et l'Afrique. Plus de 150 000 oiseaux d'eau y transitent chaque année : canards, foulques, grèbes, limicoles, hérons, aigrettes. Les hivernants s'installent à partir de l'automne, les nicheurs au printemps.
Le flamant rose est le cas le plus contraint : la Camargue est son seul site de reproduction en France. La colonie s'installe sur un îlot de l'étang du Fangassier, avec en moyenne 11 500 couples nicheurs, près d'un tiers des effectifs suivis. Un œuf par couple, posé sur la vase ; une montée d'eau ou un dérangement répété peuvent faire échouer la colonie.
Observer impose une discipline plus qu'un matériel. On reste sur les digues et les chemins balisés, on ne descend pas vers les lagunes, on tient les chiens en laisse et on laisse les drones au sac. Réserves et zones de chasse ont leurs propres règles, qui changent avec la saison : à vérifier la veille.
Les moustiques, contrainte d'été
Ce n'est pas une légende locale. Aedes caspius et Aedes detritus pondent sur les sols inondables des sansouires et des marais temporaires ; la mise en eau fait éclore les larves, et les adultes sortent en quatre à cinq jours l'été. Les femelles piquent surtout d'avril à octobre, le matin et le soir, dehors.
Caspius peut être porté par le vent jusqu'à une trentaine de kilomètres : on peut être piqué loin de tout marais. La démoustication, menée par l'entente interdépartementale compétente, traite les larves et vise un seuil tolérable, pas la disparition. Un quart à un tiers de la production viendrait de mises en eau artificielles, rizières comprises.
En pratique, cela change l'heure de la promenade plus que l'itinéraire : manches longues au crépuscule, répulsif, moustiquaire aux fenêtres, et du vent, qui disperse les insectes. Un été sans vent et avec des orages est un été à moustiques ; un été de mistral est plus calme. Les deux se rencontrent dans le même séjour.
Le vélo sur les digues : l'autre échelle
Sur la digue à la mer, la route n'est plus tout à fait une route. Depuis le parking de la Gacholle, l'aller-retour fait 24 kilomètres ; l'extension vers Salin-de-Giraud porte le circuit à 34. On roule entre l'étang et la mer, sans ombre, sans eau et sans nourriture : il faut partir avec les deux, et de quoi réparer une chambre à air.
Ailleurs, la ViaRhôna relie Arles à Port-Saint-Louis-du-Rhône en 52 kilomètres, le long du canal d'Arles à Fos. Le revêtement n'est pas homogène : environ 60 % de surface lisse, six kilomètres de piste goudronnée au départ, puis du sable compacté parfois mal entretenu. La D35, très passante, demande attention.
Le vélo change ce qu'on voit : une rizière, un canal, un rang de roseaux comptent davantage à petite allure. Il impose ses limites — pneus larges, eau, vent de face au retour, chaleur de l'après-midi — et ses vérifications : traversées de bacs et ouverture des pistes se contrôlent la veille.
Sur guadeloupe.net : le patrimoine romain d'Arles.